carteBF

Coopératives d’électricité

La création d’une structure exclusivement consacrée à l’énergie électrique en milieu rural au Burkina Faso, le Fonds de développement de l’électrification (FDE), a entraîné la naissance d’autres acteurs pour mieux entretenir les différents maillons de la chaîne. Les coopératives d’électricité (Coopel), émanation de cette politique d’éclairage des zones reculées du pays, ont vu le jour dans chaque localité bénéficiaire du Programme. Dirigées chacune par douze  membres bénévoles, elles sont l’expression à la base de «l’électricité pour tous» dont l’intensité est sous-tendue à l’ensemble du pays par une coordination emmenée par une organisation faîtière, l’Union nationale des coopératives d’électricité du Burkina (UNCOOPEL/B).

Le processus d’électrification rurale du Burkina Faso repose sur une ossature bien réfléchie pour servir de tremplin à cette nouvelle approche de promotion et de vulgarisation du courant électrique. Créé en 2003 et mis sur orbite en 2005, le Fonds de développement de l’électrification (FDE) est le reflet d’une synergie d’actions, entretenue par divers acteurs. A la fin de cette chaîne savamment encadrée pour donner au Programme toute sa quintessence, son efficacité et sa pérennité, se trouvent les coopératives d’électricité (Coopel). Elles sont perçues, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, comme «la sauce burkinabè» aux opérations d’éclairage des zones rurales. Ces sociétés locales sont nées même temps que les premières localités recevaient de la lumière.

Leur nombre s’accroit au rythme des opérations. Les Coopel sont aujourd’hui de soixante-sept (67) reparties sur toute l’étendue du territoire dont une dizaine continue d’être alimentée au moteur diesel et les autres par un raccordement au réseau national de la Sonabel. «Les coopératives d’électricité sont des partenaires privilégiés pour le FDE. Elles servent d’interface avec les populations bénéficiaires à la base. Leur union est membre de notre conseil d’administration et nous œuvrons en tandem pour l’atteinte d’objectifs communs», relève Marie Blanche Bado, Directrice Générale du Fonds. Dès qu’une zone est éclairée, il appartient à la coopérative d’électricité, qui se constitue en une entreprise avec les parts libérées dont chaque abonné est membre, de jouer le rôle d’une «Sonabel à l’échelle locale». Sous l’encadrement technique du FDE, elle assure les tâches de production, de transport, de fourniture, de maintenance et de facturation.

Les activités sont menées par un bureau de douze (12) membres dont l’action relève uniquement du bénévolat. Celles-ci s’entourent généralement du savoir-faire d’entreprises spécialisées dans le domaine de l’électricité appelée «fermiers». Bien souvent, ce sont celles qui se sont occupées des travaux d’éclairage de la zone concernée. Au terme du chantier, un partenariat se noue entre le «fermier» et la coopel pour assurer un accompagnement dans la double gestion technique et clientèle. « En matière de gestion et d’offres de services, notre partenariat avec PPI est bien entretenu et donne satisfaction », rappelle Yahaya Gouba, président de  Coopel du «Leeré» de Zabré.

Face à la défaillance de certaine entreprise censée apporter leur assistance, des coopératives se sont vues bien obliger de mettre en place un personnel à elles pour offrir les services ci-dessus cités avec les appuis multiformes du Fonds de développement de l’électrification. «Un suivi et une évaluation rigoureux des activités de la Coopel permettent d’appréhender à temps les difficultés, de prévenir tout dérapage et d’apporter les correctifs nécessaires  pour l’avancée de l’œuvre d’électrification rurale», confie Saliou Tall, responsable de la Cellule Planification-Suivi-Evaluation du FDE. Tant bien que mal, les Coopel jouent leur partition dans la mise en œuvre du volet rural de la politique nationale d’électricité au Burkina Faso.

En aval et en amont du rôle d’agence et de fonds joué par le FDE, elles sont un creuset des préoccupations des bénéficiaires dont l’adhésion et l’implication aux différentes opérations d’éclairage et au Programme d’électrification rurale s’avèrent très nécessaires pour la réussite du processus du processus et de sa pérennisation. Certaines coopératives d’électricité telles celles de Bama Kantchari, de Saponé ou de Zabré connaissent un certain engouement autour de leurs prestations. «Environ quatorze mille deux cent cinquante (14 250) bénéficient actuellement des privilèges de l’énergie électrique et de ses grandes retombées au Burkina Faso. Soit plus de cent-vingt mille (120 000) personnes qui goûtent quotidiennement aux délices de l’électrification rurale sur le territoire national », souligne Marie Blanche Bado, DG du FDE.

Une organisation faîtière au four et au moulin

La marche générale vers la lumière dans les trois cent deux (302) communes rurales et de nombreux gros villages mobilisent toutes les énergies. Chaque partie prenante à l’opération tirent fortement son épingle de jeu pour la réalisation du taux de couverture électrique de 60% à l’horizon 2015. Des sociétés coopératives ont franchi la barre de cinq cents (500) abonnés voire mille (1 000) pour certains. «Nous avons été simplement fascinés par l’action salvatrice des coopératives d’électricité. C’est une touche propre au Burkina Faso dans la bonne conduite son programme. C’est impressionnant de savoir des hommes et des femmes s’échinent au service de la communauté sans rien attendre en retour. Cet esprit de bénévolat que l’on ne trouve rarement en Afrique a retenu l’attention pendant notre séjour dans le cadre du jumelage institutionnel», Zacari Eoulam, Directeur général de l’agence béninoise d’électrification rurale et de la maîtrise d’énergie (ABERME).

Confrontées à la forte demande, des coopératives envisagent des extensions. Sous les auspices de l’Union des coopératives d’électricité du Burkina (UNCOOPEL/B), des réflexions sont en cours pour explorer la possibilité de bénéficier de prêts auprès de banques commerciales. Portée sur les fonts baptismaux, le 22 décembre 2004 et entérinée le 07 juin 2005  en assemblée générale extraordinaire, cette organisation faîtière regroupe les différentes coopératives d’électricité du pays. Elle se positionne comme un interlocuteur incontournable dans la mise en œuvre de l’électrification rurale décentralisée (ERD). Formé de neuf (9) membres, son bureau comprend d’un Conseil de gestion qui en est l’organe exécutif et d’un Comité de contrôle. De vingt-quatre (24) coopératives à la naissance, cette association compte aujourd’hui soixante sept (67) membres.

Après le retrait du secteur de l’énergie de l’ambassade du Danemark qui assurait son financement, ses ressources proviennent exclusivement actuellement du FDE qui consacre annuellement de trente (30) millions F CFA à son fonctionnement et de la Banque mondiale à travers l’unité d’exécution de la reforme du secteur de l’énergie. La qualité de membre est conférée par la libération d’une part sociale d’au moins vingt mille (20 000) F CFA et une cotisation annuelle de cinq mille (5 000) F CFA. L’Union nationale des coopératives d’électricité du Burkina s’investit dans la recherche de financements nécessaires à l’accomplissement de ses missions. Elle s’est arrogé un droit de lobby afin d’obtenir des conditions permettant l’accès des populations rurales  à l’électricité à un coût raisonnable.

Son cheval de bataille porte, entre autres, sur la formation et des visites d’appui aux membres des organes dirigeants des Coopel. «L’Union se bat sur tous les fronts pour que l’électrification rurale soit vraiment une affaire des populations qui la prennent à bras-le-corps et s’adonnent pleinement à tout ce qui leur incombe pour sa réussite dans l’optique de susciter le développement et de créer le bien-être socio-économique dans les zones rurales du Burkina Faso», souligne Koudougou Gabriel Ilboudo, président de l’Uncoopel. Dans cet élan, l’organisation faîtière a engrangé des acquis liés essentiellement à la subvention de 80% accordée par l’Etat du prix de gasoil au profit des coopératives produisant l’électricité  à partir de groupes électrogènes, la suppression de la TVA sur les achats de consommables électriques auprès de la Sonabel pour les coopératives connectées à son réseau ainsi que celle sur les factures des fermiers. L’uniformisation des tarifs pratiqués par les coopératives sur l’ensemble du territoire national est aussi au lot des victoires de l’Uncoopel tout en adoptant une ligne de continuité dans le renforcement des capacités de ses membres en leur inculquant davantage la gestion d’une société coopérative, les rôles et les tâches des membres des bureaux des Coopels.

Tout de même, des défis à l’illumination parfaite

Malgré les résultats probants auxquels elle est parvenue, les coopératives d’électricité continuent de subir les impayées des factures des administrations déconcentrées et décentralisées et le retard dans l’exécution des chantiers d’électrification pouvant provoquer les remous sociaux au sein des localités. Le statut de bénévolat de ses membres dirigeants des Coopels et l’ingérence de la politique dans la gestion des sociétés coopératives sont autant d’entraves à son plein épanouissement. «La question des arriérés est résolue grâce à l’intervention directe du gouvernement. Cela a été un ouf de soulagement pour les coopératives concernées. La mayonnaise de l’électrification rurale a bien pris dans notre pays. La complémentarité entre les missions de la Sonabel et le FDE sont là maintenant pour le témoigner. L’énergie électrique est un vrai tremplin de développement et toutes les populations en réclament. Seul l’accès à une source abondante et durable demeure leurs préoccupations premières. Que le courant soit porté sur du poteau-bois leur importe peu. Les bénéficiaires du Programme en ont marre des manipulations malsaines qui les empêchent de jouir pleinement de ce levier du progrès. Notre organisation s’attèle à cultiver une prise de conscience entière à tous les niveaux et sonner la marche irréversible vers l’électrification pour tous», clame Koudougou Gabriel Ilboudo, président de l’Uncoopel.

Dans la dynamique de fédérer les énergies de toutes les forces vives du processus, l’Union œuvre à impliquer davantage les élus locaux dans la gestion des Coopels. Des réflexions sont également en cours pour trouver une solution  à l’épineuse question du bénévolat en vogue au sein des coopératives et de l’organisation faîtière. Le bureau dirigé par Koudougou Gabriel Ilboudo s’emploie à mettre en place une centrale d’achat en vue de permettre à ses membres de réaliser des économies et leur éviter des approvisionnements tous azimuts. L’organe exécutif s’est inscrit dans une perspective d’autofinancement en jaugeant les opportunités de générer ressources financières propres.

Depuis sa création, l’Union participe à la définition des stratégies de développement et d’électrification, des concessions de production, de transport et de distribution de l’énergie électrique. Elle entend créer les conditions permettant l’accès au service marchand de l’électricité à coût raisonnable. L’organisation faîtière s’est engagée à favoriser la formation et l’éducation à l’action coopérative ainsi qu’à informer et à sensibiliser ses membres sur les questions se rapportant à l’électricité, notamment sur l’utilisation rationnelle d’énergie (URE) et sur les questions sécuritaires. «Il est indéniable que sous des actions multiformes de plusieurs acteurs, l’obscurité bat de l’aile dans nos contrées. Maintenant, il appartient de cerner ce succès dans tous ses contours en termes d’expansion et d’investissements supplémentaires », Eugène Sangna, président de la Coopel de Kantchari. L’Uncoopel veut faciliter aussi l’accès de ses membres au crédit afin de leur permettre de réaliser des extensions ou des densifications des réseaux électriques en assistant techniquement et financièrement les Coopel dans la production et l’exploitation de leurs systèmes électriques. Pour ce faire, l’Uncoopel nourrit l’ambition d’assurer l’approvisionnement en matériaux électriques à des conditions compétitives à travers des commandes groupées soit par appel d’offres ou par achat direct.

 

Salam COMPAORE